Bienvenue au caravansérail

novembre 10, 2012

Une constellation de caravansérails saupoudre les anciennes routes de la soie et du commerce entre l’ouest et l’est à partir du 9°siècle.

De l’Europe à la Chine en passant par l’Asie centrale, du Maghreb au sous continent indien, riches négociants et pèlerins, aventuriers et itinérants, explorateurs et moines errants passaient une nuit ou deux dans ces gites d’étapes, véritables balises spatio-temporelles des grandes artères caravanières.

Les caravansérails étaient fortifiés pour protéger leurs hôtes des pillards à l’affût de voyageurs fortunés.

Des magasins disposés en carré autour d’ une grande esplanade proposaient denrées, aromates et produits variés. Au dessus, se trouvaient les chambres.

Il y avait des enclos, des écuries et aussi de grands abreuvoirs et du fourrage pour les bêtes.

Confluents d’échanges matériels et intellectuels, ils étaient des vecteurs de pluralité culturelle et de réunions insolites.

 Imaginons un convoi chaloupé de chameaux qui s’en approche.

Il ondule dans les vapeurs floues de la canicule. Des hommes au teint hâlé et aux yeux d’ébène s’arrêtent de temps en temps pour fixer une balle qui glisse d’une échine.

Bientôt la caravane franchit la grand porche qui introduit dans cet  oasis de ravitaillement et de ressourcement.

Les chameaux sont guidés  vers le point d’eau. Là barrissent d’énormes éléphants  qui s’aspergent de leur trompe. Leur cuir épais fume au soleil, chatouillant les narines d’une odeur âcre.

Non loin, des alezans hennissent en chassant les mouches opportunes du revers de leur queue.

Des biquettes aux pattes nouées deux à deux sautillent entre les bottes de foin.

Maintenant, le crépuscule s’installe lentement tandis que le soleil déploie ses soieries roses, or et bleues dans le ciel.

L’une après l’autre des chandelles s’allument et des groupes se forment autour de théières odorantes.

Des marchands ont étalé leurs étoffes chatoyantes sur de grands tapis à la trame usée. Nonchalamment assis ou accoudés, ils les caressent du regard et de la paume pour les troquer contre du safran, de la cannelle ou du café.

Le marchandage est un art qui  prend goût à s’éterniser. Il est un jeu habile, mobilisant ruse, ténacité et diplomatie. C’est pourquoi, l’usage veut qu’il se fasse dans le plaisir en sirotant du maté ou dégustant des pâtisseries fines.

A quelques pas, des nomades aux voix rauques content leurs aventures périlleuses autour d’un plat de boulettes de viande épicée.

Plus loin des femmes échangent du kohl contre du fil à broder. D’autres se massent les pieds et les mains après les avoir enduits d’onguents délicieux.

Tout proches, leurs enfants tracent des routes avec des cailloux multicolores, des roses des sables ou des éclats de coquillages, trésors recueillis sur les pistes poussiéreuses.

Dans un angle de la cour, adossés au tronc d’un palmier, des ancêtres sans âge fument du hachich en jouant aux cartes.

Leurs yeux plissés par les feux du soleil laissent filtrer un mince fil d’acier de regard bleu acidulé.

Nulle expression ne s’y dépose vraiment, comme si à force  de scruter l’ horizon à perte de vue, ils étaient habités d’une quête immuable.

Sous l’arcade d’une remise, où sont stockés selles, couvertures et harnais, des adolescents pubères font des paris autour d’un duo de bras de fer.

Ca et là des musiciens improvisent des orchestres dont les accords rappellent le vent du désert.

Les échoppes s’allument une à une. On y sert des mets pimentés, du lait d’amande, de la fleur d’oranger et des dattes gorgées de miel.

L’enceinte du caravansérail est maintenant  couronnée  par la voie lactée qui le nimbe de sa magie.

Il est une  véritable ruche d’effervescence et de vitalité, une apothéose de senteurs et de flagrances des plus animales aux plus suaves.

De  cette caisse de résonance lovée au cœur d’une palmeraie, s’élèvent des portées d’accords, familiers et singuliers à la fois. Ils émaillent cette nuit étoilée de leurs accents étranges : c’est le grognement d’une bête qui rêve, le chant guttural d’un conteur, le soupir d’un enfant endormi ou le gargouillis de l’interminable filet de thé qui s’élance dans mille verres multicolores.

C’est dans ce foisonnement fécond d’échanges et de diversité, dans cette générosité des différences que je vous invite dans mon caravansérail qu’est pour moi ce site.

Que  la convivialité et la joie de vivre, la créativité et l’innovation, fassent de cet espace de rencontre avec vous, un champ fertile qui nous emmène vers des terres inconnues et des rivages inédits, vastes et sidérants.

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