Ombre et lumière

septembre 13, 2015

de la tour
« Ce n’est pas en contemplant sa lumière qu’on devient lumineux, mais en portant son regard sur sa propre obscurité, ce qui est beaucoup plus impopulaire, car beaucoup plus difficile. » Carl Jung
Georges de la tour, peintre lorrain du dix septième siècle, représentait des scènes familiales, domestiques ou bibliques, la nuit, à la lueur d’une chandelle.
A une époque où on s’éclairait à la bougie, le vacillement de la flamme, son intensité frémissante et sa chaleur créaient une atmosphère à la fois magique et réaliste.

L’art de marier l’ombre et la lumière en des clairs obscurs intimistes, implique une grande maitrise des deux polarités.
Tout en s’harmonisant mutuellement, chacune d’elles est au service de l’autre.
Cette judicieuse complémentarité constitue un chef d’oeuvre.

Le scenario de notre vie est comparable à ces tableaux tout en ombre et lumière.
Pourtant, il est difficile d’apprivoiser nos zones sombres, car elles sont synonymes de honte, de peur, ou de secrets terrifiants. Faire face à ce raz de marée est intolérable. Nous préférons nous enfuir, enterrer ou ignorer : attitude qui ne fait que nous affaiblir.

Lutter pour s’en débarrasser n’est guère plus efficace : la résistance entraine le durcissement de la force adverse.

Par contre, aborder nos ombres et leur offrir une réelle attention, c’est les apprivoiser, et finalement les apaiser en leur dispensant un intérêt neutre, et sans jugement.

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Décharge interdite !

Utilisons une allégorie pour expliciter ce qui se passe en nous quand nous sommes aux prises avec nos démons.

Imaginez que vous vous promeniez dans votre domaine. On y voit des charmilles foisonnantes, des massifs de fleurs colorés. Vous aimez particulièrement ce bosquet de magnolias, et le gazouillis du ruisseau qui chatouille leurs racines.

Par contre, vous évitez le fond du parc où sont entassés couche sur couche, déjections animales, bois véreux, plantes mortes, épluchures, fruits pourris, champignons vénéneux…ce monticule disgracieux symbolise, sur le plan psychologique, les dossiers qui fâchent, les impayés, les comptes non réglés, les histoires à oublier.
Ce tas de décombres vous met très mal à l’aise et vous rend nauséeux.
Alors vous vous arrangez pour le tenir à distance.

Chaque parcelle a son gardien, un nain de jardin.
Il y a le joyeux, l’astucieux, le sage, l’espiègle, l’altruiste, le joueur, le bienveillant, le généreux…
Ils sont tous un aspect de vous-même.

Mais installés autour des rebuts, les bonshommes affichent des visages cyniques et grotesques, comme ceux des gargouilles qui surplombent les voûtes des cathédrales. Vous redoutez de croiser leur regard grimaçant.

Puis je m’approcher ?

Puis un jour, vous décidez de repenser le décor de votre propriété.
Pour ce faire, il faut réunir vos auxiliaires miniatures.
Pourtant, à l’idée de contacter les monstres du fumier, vous vous ravisez.
« Nous ferons sans, déclarez vous. » »

Vous « briefez » donc votre équipe, établissez des plans, dessinez des bassins, élaborez un ingénieux système d’irrigation, inventez des compositions florales, disposez des tonnelles d’églantines pour passer du jardin au verger, et du verger au potager.

Et c’est là que vous réalisez que la fumure reléguée tout au bout du parc, est vraiment la pièce maitresse de cette refonte. Grâce à elle, la végétation redoublera de vigueur et d’éclat.

Il s’avère inévitable de négocier avec les gardiens du compost.

Seulement, cette perspective vous pétrifie. Votre blocage retarde sérieusement l’exécution de vos plans.

Vous finissez par vous armer de courage, et un matin d’automne, vous vous asseyez timidement sur un banc proche du tas immonde.
A votre grand étonnement, personne ne vous agresse.
Vous vous aventurez à observer en cachette les êtres sinistres qui veillent sur les décombres. Votre cœur bat à toute allure, et se gonfle de chagrin à la vue de ces personnages qui, sous des airs menaçants, dissimulent une tristesse sans fond.

Alors, vous vous lancez.
Vous vous approchez du nabot le plus lugubre.
Vous le prenez par la main. Il ne résiste pas.
Vous l’amenez sur le banc. Il ne bronche pas.
Vous lui posez affectueusement le bras sur l’épaule. Il se laisse faire.
Vous vous entendez lui dire : « Alors petit homme, raconte moi ce qui t’a mis hors de toi, et t’a rendu si haineux ? »

En guise de réponse, le malheureux éclate en sanglots.
Votre répulsion se transforme en compassion, votre horreur en compréhension.
Ancré dans la pleine conscience, vous êtes complètement présent à ce qui se passe. Vous percevez la gamme de sentiments contradictoires qui traversent votre interlocuteur : égoisme, cruauté, mais aussi culpabilité, dégoût de soi…

Aucun jugement ne vient teinter la qualité de votre empathie.
Vous venez de saisir que tout comportement déviant, aussi abject puisse-t-il paraitre, prend sa source dans une blessure jamais prise en compte.
Vous réalisez qu’il FAUT la considérer cette fois, et lui accorder tout le temps dont elle a besoin pour se dire et s’ « ex-poser ».

Accepter sans adhérer

Mis en confiance, le nain commence à se livrer.
Il se bouche les yeux et hurle sa détresse.
Il se méprise. La honte le talonne. « S’il pouvait mourir !
A chaque fois, se plaint-il, il tombe dans le même piège et agit, malgré lui, de façon pitoyable. »
Vous êtes toute ouie, mais aucune charge émotionnelle ne déforme votre écoute.

Au fil des mots, la blessure qui est à l’origine de ce comportement retors, commence à émerger. La souffrance fut si grande qu’une stratégie d’esquive ou de défense s’est mise en place chez lui, surgissant la plupart du temps sous forme de colère, violence, férocité.

Malgré ses aveux peu reluisants, vous continuez à l’entourer de bienveillance.
Au bout d’un moment, il se tait, apaisé, et vous interroge du regard :
« Tu ne me rejettes pas après ce que tu viens d’entendre ? »

– Non seulement je ne t’en veux pas, mais en plus, j’ai besoin de toi pour retrouver mon unité. Tout comme ce jardin qui ne prospère que grâce à la fumure, la paix de l’âme n’a lieu qu’à la condition d’intégrer toutes les parties de nous-même, sans exception, l’ombre au même titre que la lumière. »

Se sentir responsable, mais pas coupable

Quand on se frotte à nos propres « écueils », il ne s’agit pas de les honorer, mais de les accueillir généreusement. Cela implique de leur accorder de l’espace et du temps pour se dire.

Pour devenir des êtres complets, il nous faut récupérer les parts de nous-même qui se sont enfoncées dans les zones obscures de notre inconscient.

A chaque fois que nous nous réconcilions avec l’une d’entre elles, les égrégores en résonance avec cet aspect s’allègent, et la conscience collective également.

Il faut parfois beaucoup de patience pour désamorcer la cause d’un comportement déviant. Il n’y a qu’en s’en approchant le plus près possible, qu’on a des chances de mettre le doigt sur le détonateur originel.
Dès lors, on entame une démarche de guérison et de renaissance.

Pas de guérison sans prise en considération de nos ombres.
Pas d’or sans plombs. Pas de transmutation sans une étude approfondie des attributs et caractéristiques de ce dernier.
Une fois que cette connaissance est acquise, le fascinant processus de sublimation se met en route.

Conclusion

La confrontation avec notre obscurité exige beaucoup de détachement, si on veut survivre à cette rencontre.
Mais elle est absolument incontournable. Car même si nous ne sommes pas coupables de nos blessures, nous sommes responsables de notre guérison.
Toute blessure non guérie est une pollution pour nous même, autant que pour ceux qui nous entourent.
C’est pourquoi, il est de notre devoir de nous en libérer.

Fin

Pour en savoir plus sur ce thème, tournez vous vers Teal Scott :Shadow work : http://tealswan.com/articles/what-is-shadow-work

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