Oscar Niemeyer ou le rêve de la cité idéale.

décembre 31, 2012

« Les gens ont besoin de rêver, sinon les choses ne se réalisent pas. »

Oscar Niemeyer vécut plus d’un siècle (1907-2012), et son génie fertile et souvent atypique est empreint d’idéalisme, d’innovation, d’enthousiasme et de spontanéité.

Défiant règles et principes propres à l’architecture, ce novateur élève des cathédrales dont les arcs-boutants sont si délicats qu’ils semblent porter les murs « du bout de l’ongle. » De même que ses colonnes, au lieu de supporter un édifice, comme elles sont sensées le faire, sont au contraire soutenues par celui-ci !

Le Corbusier, son ami et mentor lui déclare un jour : « Tu fais du baroque, mais tu le fais bien. »

Admirateur de Mère Nature, l’artiste va jusqu’à adapter ses projets architecturaux aux caprices de sa muse avec une ingéniosité inspirée. Par exemple, décidant de bâtir une maison à flan de montagne, plutôt que de dynamiter l’imposant rocher planté dans le décor, il choisit de l’épargner et l’intègre dans le salon de la demeure.

Et toujours pour faire honneur à la Création ainsi qu’à la Femme qu’il vénère toutes deux, il donne à ses œuvres des formes rondes et dynamiques, conjuguant ombres et lumière, courbes et mouvements : bâtiments en vasque, coupole, fleur, cratère, copeau, ruban ou déferlante. L’influence de son cher Matisse sourd de ces volumes de béton puissamment moulés à l’image d’un monde végétal (ou maternel ?) offert et généreux.

Puisque selon lui, « Sans la femme, il n’y a pas de raison de vivre », la grâce primera toujours sur la précision et la beauté sur la fonctionnalité.

Avec ce grand rêveur idéaliste qui préfère la liberté à la rigueur du compas ou de l’ordinateur, les monuments aux contours épurés s’élancent en volcan, soucoupe volante, vaisseau spatial, comme un appel vers des espaces grandioses et inédits, une invitation à explorer de nouvelles fenêtres galactiques.

Témoignages évidents de notre connexion avec d’autres planètes et systèmes, ses créations  guident la pensée  vers des concepts inédits, stimulant nos perceptions afin de nous relier aux potentialités infinies contenues dans l’univers.

En cela, l’architecture de Niemeyer est réellement  inspirante car elle nous amène à appréhender le monde sous des angles différents.

Nous libérant de l’isolement et de l’autarcie, elle érige notre planète non seulement en terre d’accueil pour les visiteurs d’autres mondes, mais aussi en Entité en constante évolution, actrice de son destin, et étroitement associée aux mouvements cosmiques qui gravitent autour d’elle.

Enfin, profondément humaniste, ce communiste engagé rêva toute sa vie de faire de Brasilia une cité idéale au service du bien être et du réconfort des pauvres et des opprimés. Touché par les conditions de vie inacceptables infligées aux classes défavorisées,  il se promit d’user de ses talents pour « éradiquer la misère et tourner le dos au passé. »

Hélas, ses projets ne tinrent pas toujours compte de la réalité, puisqu’on ne vit apparaître aucun logement social dans la capitale du Brésil. Ainsi, les bidonvilles se réinstallèrent comme par le passé aux abords de la ville nouvelle ! De plus, bien que sincèrement concerné par le bonheur du peuple, l’architecte resta toujours attaché à Fidel Castro. Ainsi en va-t-il de la nature humaine : éclairée dans certains domaines, aveugle dans d’autres !

Cependant, la compassion de cet homme ainsi que la puissante originalité de ses productions font de lui un concepteur visionnaire dont l’œuvre permit à l’humanité d’élargir ses perspectives, et d’ensemencer en son sein de nouvelles façons de penser le monde.

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