Le serpent et le ver à soi

mai 14, 2020
Zip

A l’ombre d’un figuier, sur  la terre ocre, un serpent enroulé sur lui-même, dort.

Son corps est d’un gris argenté tacheté de rouge sombre et de jaune safran.

Quand il se glisse dans le sentier sablonneux, on dirait un bracelet de pierres précieuses ondoyant au soleil.

Zip (car tel est son nom) aime l’odeur de la terre, différente selon les heures du jour. Il aime aussi onduler dans les dunes et sentir le chaud rayonnement du soleil.

Mais son occupation favorite est d’aller se poster au plus haut du figuier. Le nez pointé entre les feuilles, il rêve des heures entières au moyen de s’envoler tout en suivant des yeux les nuages. C’est sans doute sa plus grande passion car,  malgré son existence heureuse et pleine d’aventures, il regrette que son univers se borne à des espaces infinis d’horizontalité. Il aimerait tant découvrir la profondeur du ciel.

Luce

Ce matin il s’en va à la chasse car il a une faim de loup. Il quitte son lit de pierre en hâte le nez au vent, reniflant déjà ses proies. Sur le chemin son corps file. Mais un fin ruban de métal retient son attention. Le suivant à la trace il arrive devant un ibiscus. Là, dans la corolle d’une de ses fleurs un vers à soie gémit.

« Pourquoi pleures-tu ? Interroge le serpent.

-Tu ne peux pas comprendre répond Luce entre deux sanglots. J’en ai assez d’être une chenille et de baver continuellement. Partout où je vais, je laisse cette lamentable salive, signe humiliant de mon passage. J’en ai assez, ASSEZ ! Puis, dans un souffle : je voudrais m’envoler.

-Ah bon, toi aussi !

-Oui ! Renifle le ver à soie qui repart dans un flot de larmes.

Zip rampe jusqu’à lui et l’écoute pleurer en le regardant tendrement.

-Ecoute, tu sais, j’ai une idée : J’ai examiné ton filet de bave et je crois qu’il pourra servir nos desseins. J’ai remarqué sa résistance exceptionnelle et si un oiseau nous aidait, il tendrait ton fil de soie du sommet du figuier jusqu’à une étoile. Ce lien entre ciel et terre une fois établi nous irions explorer le cosmos, comme des funambules sur ta corde magique.

Consterné le ver à soie cesse tout de suite de se morfondre et se met à sourire.

-Bon, au travail maintenant. Nous allons nous constituer un stock de bobines de soie. »

Association 

Pendant que Luce tisse jour et nuit, Zip forme des pelotes tout en continuant à guetter du haut du figuier.

En l’espace d’un mois, tout est prêt. La chenille est fatiguée mais pleine d’espoir. Pendant cette période laborieuse son ami a pris soin d’elle et l’a accompagnée de nombreuses intentions, lui ramenant de succulents insectes ou lui préparant des lits d’étamines.

Aujourd’hui, fini le labeur et tous deux s’endorment paisiblement, Zip en scrutant l’azur, et Luce en se lovant dans le calice velouté d’une fleur.

Le serpent rêve qu’il arpente le ciel quand soudain il sursaute réveillé par un bruit d’ailes. Il se redresse et voit un cygne sauvage  se poser au faîte de l’arbre. Il a l’air de s’être perdu. Epuisé, il s’installe sur une branche et tombe de sommeil.

Zip est très intrigué par ce voyageur inattendu et au petit jour lui propose un meilleur abri et de quoi manger. L’oiseau lui raconte alors son histoire : il s’est égaré au cours d’une migration vers un lointain pays et doute de retrouver sa tribu.

La route du ciel

Après s’être reposé quelque temps le cygne dit au reptile :

« Tu as été très bon pour moi : tu m’as protégé de l’aigle terrible et tu as livré avec lui un combat que j’ai cru mortel la nuit dernière. Grâce à toi j’ai retrouvé des force pour poursuivre ma migration, mais avant de m’en aller je voudrais te remercier. Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ?

Zip réfléchit quand son visage s’illumine :

-Cher cygne, le ver à soie et moi voudrions explorer le firmament et si tu tends le fil de Luce entre la cime du figuier et une étoile nous réaliserons enfin notre rêve.

-Avec plaisir, répond l’oiseau. »

Du bout du bec il noue l’extrémité d’une pelote au plus haut des ramages, place l’écheveau entre ses pattes, juste sous son jabot, et le déroula en s’élançant dans un envol magnifique.

Longtemps la gracieuse silhouette évolua dans les airs. On voyait le cou s’étirer vers les nuages sous la poussée majestueuse des ailes.

Le serpent et le ver à soie ne se lassaient pas de suivre cette ascension jusqu’à ce que le cygne disparaisse dans la pourpre du soleil couchant.

Alors seulement Zip et Luce  se posèrent sur le fil avec une adresse de funambule et commencèrent leur voyage.

On raconte que personne ne les revit jamais, mais moi je sais que leur aventure vers la liberté ne fait que commencer!

 

FIN

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