Le bouffon enchanté

mai 15, 2020

 

Le roi adore son bouffon

C’est l’histoire d’un bouffon au service d’un grand roi.

Savez-vous pourquoi les souverains avaient souvent des bouffons ?

Pour les divertir pardi! car ils avaient beaucoup de soucis, de responsabilités . Ils devaient veiller sur leur peuple et s’assurer que tous aient un toit et de quoi manger.

Croyez-moi, ce n’était pas facile. Sans compter les menaces des ennemis étrangers qui convoitaient les terres et les richesses du pays.

Vous comprenez maintenant que les rois aient besoin d’un bouffon pour faire diversion à leurs lourdes charges.

Donc ce roi avait un bouffon qui s’acquittait parfaitement de sa tâche.

Il était jeune, frêle, un peu pâle et  portait un pourpoint rouge d’un côté, jaune de l’autre, des chausses assorties et un chapeau à cônes terminés chacun par un grelot.

Le roi aimait son bouffon car il était, de tous ses sujets, le plus avisé, le plus modeste, le plus sage et le plus sincère. Il se demandait même s’il n’était pas aussi un peu magicien et lui disait souvent :

«Jeune bouffon, tu es de tous mes courtisans celui  dont le charme est inégalable. Plus que les bals, les chasses, et les festins, plus que les troubadours, bateleurs et jongleurs, ta présence lutine me déride et ravit. »

En effet ce bouffon avait l’art de mimer avec une précision fascinante les différents courtisans du souverain: l’hypocrite, le vaniteux, le mondain, le timoré. Le roi en mourait de rire :

«  Où mets- tu ta malice, bouffon ?

– Elle est dans mes grelots mon sire, elle est dans mes grelots ! »

Premier grelot

A quelque temps de là un évènement survint dans le royaume qui allait transformer la destinée de cet étonnant garçon.

Le roi avait quatre filles. Les trois aînées, déjà mères, avaient épousé des princes lointains. Il restait encore la cadette. Mais comme son père, usé et vieux, sentait venir l’heure de désigner son successeur, il annonça publiquement qu’il offrait sa fille en mariage. Ce serait l’occasion de sélectionner celui qu’il jugerait le plus digne d’être à la fois l’époux de sa fille et le père de son peuple.

Cette déclaration royale troubla le bouffon qui était secrètement amoureux de la jeune Ophélie.

Lorsqu’il accompagnait le souverain promenades nocturnes, il la voyait parfois seule dans le parc visitant les serres ou inspectant les terriers. Elle apparaissait peu à la cour car d’un tempérament sauvage, elle recherchait le contact des bêtes et de la nature.

L’adolescent décida de tenter sa chance auprès de la princesse. Et comme il avait de la graine de magicien grâce entre autre à 3 de ses grelots, il inventa un stratagème pour l’approcher.

Usant du pouvoir de son premier grelot, il se transforma en un garçon séduisant élégamment vêtu et frappa à la porte de la princesse à minuit sonnant.

Ophélie, habituée à veiller, demanda avec surprise :

«  Qui va là ? »

N’entendant aucune réponse elle alla prudemment ouvrir la porte et fut très étonnée de se trouver face à ce gracieux personnage. Tandis qu’ils se regardaient timidement, le jeune homme commença à ouvrir son cœur avec pudeur. On aurait dit que son âme chantait et même les rayons de lune traversant la chambre de leurs faisceaux argentés, semblaient émus et  bercés par cette voix étrangement envoûtante.

Ophélie, bouleversée buvait cette mélodie surnaturelle. Mais bientôt trois heures sonnèrent et le temps de l’enchantement touchait à sa fin. Le bouffon déclara :

«  Je dois aller maintenant, mais avant de partir j’ai un aveu à te faire. Je ne suis pas celui que tu crois riche et désirable. Dans sept nuits, je reviendrai mais déjà mon apparence physique sera bien plus médiocre. Peut être d’ailleurs me rejetteras tu. Cependant, avant de prendre cette décision je veux que tu saches que je possède un trésor inestimable qui pourtant ne se voit pas avec tes yeux de chair.

A toi de le découvrir …ou pas. »

Là-dessus il s’éclipsa, laissant Ophélie consternée.

Second grelot

La septième nuit arriva et le bouffon allait utiliser son second grelot.

La princesse attendait l’oreille tendue quand il apparut. Il faut reconnaître qu’il n’était  pas particulièrement beau et vêtu sans recherche. Mais malgré sa déception et sans qu’elle en comprenne la cause Ophélie tomba une seconde fois sous le charme. Bien que son accueil fût assez froid c’est avec impatience qu’elle attendit que les mots du garçon l’inondent à nouveau jusqu’à ce qu’il lui déclare :

«  Je dois aller maintenant et avant de partir je vais te faire un aveu. Je t’aime, oui je t’aime. Mais je ne suis pas celui que tu crois ni celui que tu vois et dans treize nuits je reviendrai pour la dernière fois te demander ton coeur. C’est alors que tu me verras sous ma véritable apparence.

Tu risques d’être très déçue. Alors voilà ce que nous ferons : ce soir là mets toi au balcon et tends l’oreille. Au douze coups de minuit, je passerai près de ta chambre. Sois très attentive car un signe te permettra de me reconnaitre. Quinze minutes plus tard, je frapperai à ta porte. Si tu ne m’ouvres pas je comprendrai que tu ne veux pas me recevoir et donc pas m’épouser. Adieu. »

Troisième grelot

Treize jours et douze nuits passèrent qui parurent immensément longs à la jeune femme dont le cœur appelait sans cesse le chant du mystérieux visiteur. Une grande inquiétude la traversait aussi à l’idée de prendre un engagement d’une telle importance.

La fameuse nuit arriva et la jeune fille se tenait au balcon, calme mais un peu tendue.

Soudain, elle  entendit un bruit cristallin : ne serait-ce pas celui d’un grelot ? Un grelot…le bouffon…oh !

Ophélie revit ce jeune adolescent pâle et silencieux au côté de son père. Lui : ce n’est pas possible !

Désorientée, elle éclata en sanglots sur son lit n’ayant plus la force ni de réfléchir, ni de se reprendre.

Tout à coup on frappa.

Ophélie se redressa d’un bond sécha vite ses larmes et attendit. Après un long silence un second coup plus timide retentit.

« Entrez ! dit Ophélie d’un ton parfaitement serein. »

Le garçon s’arrêta au seuil de la porte. Elle le considéra d’abord avec curiosité puis s’avançant vers lui, elle lui prit la main et la serra contre son cœur.

C’est à ce moment que le bouffon utilisa son troisième grelot grâce auquel la princesse eut accès à la beauté intérieure et à  la sagesse de ce personnage atypique. N’était ce pas le plus précieux des cadeaux que d’être aimée d’un magicien ? Et elle finit par trouver que malgré son apparente fragilité, il inspirait à la fois grâce et puissance.

Imaginez maintenant la tête des courtisans en apprenant la nouvelle ! Le roi aussi fut très surpris mais au comble de la joie car, je pense vous en avoir déjà fait part, il rêvait en secret de cette union sans y croire toutefois. Un grand sourire s’installa dans son coeur en songeant à l’audace et au courage dont avait fait preuve son cher bouffon.

Ce soir là le monarque était si heureux qu’il s’endormit tout excité comme un enfant qui vient de réaliser qu'” à coeur vaillant rien d’impossible!”

FIN

Le dessin est de Maxine Gadds

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