Break dance et danse classique

février 23, 2013

Danser, c’est écrire dans l’espace pour y dire une émotion ou susciter un plaisir esthétique.
L’écriture est soumise aux contraintes syntaxiques et aux codes de la communication.
La danse est soumise aux contraintes de l’espace : LA PESANTEUR, et du corps : LA GRAVITE.
Elle possède aussi des codes de communication qui lui sont propres.
Ceux des danses folkloriques par exemple, ne sont pas les mêmes que ceux du rap.

La manière dont une pratique chorégraphique gère son rapport à l’espace et au corps fera toute la différence. Ainsi, le public sera attiré par celle en laquelle il reconnaitra ses valeurs et ses conventions.

La danse classique est  tension vers le ciel. Tout en elle est élan et envol. C’est sa façon à elle de juguler la pesanteur. Le corps, pour transcender la servitude de la gravité, passe par une sorte d’ascèse : perché sur les pointes (comme pour atteindre les cimes), muscles bandés, port de tête aristocratique fixé vers un idéal inaccessible (échappant, lui, à l’emprise réductrice de la matière). La danse classique semble chercher dans un esthétisme tragique et poignant un point de fuite vers une impossible liberté. Elle s’isole de la réalité et part en quête d’un monde sublime.
Elle n’en demeure pas moins merveilleusement belle et bouleversante. Elle est l’aspiration de l’âme vers des horizons illimités et des univers lumineux.

Le break  adopte une stratégie diamétralement opposée.
En choisissant de travailler à terre, il déjoue de ce fait la tyrannie de la pesanteur.
Et plutôt que de la subir, il  réduit à zéro le champ attractif en plaquant le corps au bitume.
Le break n’a donc plus besoin de tenter d’ esquiver la gravité puisqu’il l’incorpore dans le contact avec le macadam.

Mieux encore, il utilise  l’asphalte pour mieux s’en détacher: plus son impact au sol est fort, plus le danseur s’élancera haut, s’affranchissant, le temps du rebond, des lois gravitationnelles.
En se confrontant à la réalité , le break  annonce symboliquement qu’il accepte et assume toutes les limites et restrictions imposées par la Matière, à condition toutefois de lui faire des pieds de nez quand le coeur lui en dit!

Anne Nguyen, m’a paru particulièrement représentative de la philosophie véhiculée par cet art qu’elle a amené sur la scène depuis plus de 10 ans. C’est pourquoi j’ai choisi de vous la présenter.
Elle a 20 ans quand elle découvre le hip hop et le break  après des années de gymnastique et d’arts martiaux. Très vite elle participe à des battles, comme prestataire, puis par la suite  juge.

Cette amoureuse des mathématiques s’illustrera par sa rigueur et son exigence et deviendra une chorégraphe de renom.
Pourquoi danse-t-elle ?
Quelle relation entretient-elle avec son corps ?
Quels défis s’est elle proposée de relever ?
Les réponses à ces questions sont passionnantes.
Elles feront l’objet de mon prochain article.

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2 Comments. Leave new

Fabienne
2015-05-30 00:12

Merci pour toutes ces infos, voici une bonne lecture. J’ai appris différentes choses en vous lisant, merci à vous. Bonne journée à tout le monde ! Fabienne Huillet neonmag.fr

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E Mondriet
2015-06-18 10:21

Voilà donc un bon article, bien passionnant. J’ai beaucoup aimé et n’hésiterai pas à le recommander, c’est pas mal du tout ! Elsa Mondriet / June.fr

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