Légende de la dernière amazone

mai 04, 2013

amazone

 

 

Alric

Dans une contrée lointaine, très lointaine, vivait Alric, un prince devenu mythique à cause des péripéties extraordinaires survenues dans sa vie. Personne ne s’était plus approché de sa demeure depuis la mort tragique de son épouse.

Du temps de sa jeunesse, il ambitionnait de conquérir toutes les terres du pays farouchement défendues par une armée d’amazones. Il fallait beaucoup d’arrogance pour se mesurer à ces femmes impitoyables, habiles stratèges et faisant preuve d’une discipline de fer.

Cet homme téméraire fut le seul à oser les affronter. Il les attaqua par surprise alors qu’elles fêtaient le couronnement de leur souveraine, Gaëlle. Le combat fut si sanglant qu’il resta longtemps gravé dans les mémoires. Les amazones furent vaincues et leur reine gravement blessée, refusa de se rendre et menaça de se transpercer le cœur d’une lance. Le prince, ému par son courage et sa beauté l’en empêcha et en tomba follement amoureux. Il l’ attacha sur son alezan et l’emporta dans son royaume. Puis il envoya chercher des guérisseurs, si bien que trois mois plus tard, la dame était rétablie.

Gaëlle

Bien sûr, il souhaitait épouser sa captive mais celle-ci n’accepta de se donner à lui qu’après qu’il eût prêté serment de fidélité au clan des amazones. Le couple constitua une armée de femmes et annexa peu à peu la totalité du territoire . Quand il fut bien établi sur son empire, il se consacra à sa progéniture. La reine des amazones mit au monde 10 garçons et 9 filles.

A leur naissance, les 10 mâles furent jetés à la mer dans un fragile esquif . Ils ne survécurent probablement pas dans leur cercueil flottant, mais tel était le destin des bébés masculins chez les amazones.

Les 9 filles furent initiées dès l’âge de 5 ans aux arts martiaux, à l’équitation et au tir à l’arc. A 16 ans, on leur coupait un sein afin qu’elles bandent l’arc à la perfection. Chacune possédait son cheval et passait avec lui le plus clair de son temps.

Tandis que Gaelle était enceinte, les suzerains sous tutelles se révoltèrent, obligeant Alric à partir en campagne avec ses filles pour écraser les émeutes. Il s’en retourna victorieux… mais seul, ses enfants étant mortes sur le champ de bataille. Comble de malheur, sa femme avait succombé en accouchant de leur dixième fille.

Ravagé par le chagrin, l’époux confia la dernière née à une nourrice. Jamais plus il ne voulait revoir cette enfant, cause du décès de son adorée. Il laissa à la gardienne une somme conséquente et la pria de quitter sa maison pour toujours..

Azona

Les années passèrent. Azona, car tel était le nom que lui avait donné sa mère adoptive en l’honneur de son appartenance à la lignée des amazones, était  extrêmement jolie. Elle habitait un peu à l’écart d’un village à une heure du domaine de son père dont elle ignorait d’ailleurs l’existence.

Il y avait dans ses yeux d’un noir profond et dans son sourire distrait une tristesse poignante. Solitaire, elle passait des heures dans les champs avec des chevaux sauvages qu’elle réussissait à dompter puis à monter à force de patience et de volonté.

Un château dans la lumière

Le jour de ses 16 ans, alors que depuis l’aube elle galopait sur un étalon indocile  tentant de le dresser, elle se retrouva devant un château. Il baignait dans la lumière et une musique cristalline semblait sourdre de chaque pierre. Un ruisseau dans lequel scintillaient des pierres précieuses courrait dans l’herbe folle. L’adolescente se pencha pour les contempler et s’aperçut que la boule de chagrin qui nouait sa gorge depuis toujours venait de se dissiper. Non loin paissaient des licornes.

L’endroit semblait magique.

La nuit tombait. Azona rentra chez elle. Elle faillit se perdre plusieurs fois aux prises avec son coursier impétueux. La vision de ce lieu inoubliable occupait ses pensées. Elle tâcha d’en savoir plus et apprit qu’il était la propriété d’un seigneur qui ne se montrait jamais. Beaucoup de légendes circulaient à son propos. Ce cruel guerrier avaient colonisé tout un empire avec ses armées d’amazones. Puis suite à des épreuves terribles, il était devenu bon. Cette métamorphose lui avait valu le surnom de «Mutan».

On disait qu’à la mort de son épouse et de ses filles, il avait versé tant de larmes d’amour et de repentir qu’ elles étaient devenues des cristaux d’une étincelante pureté dotés de pouvoirs guérisseurs. Des rumeurs  racontaient aussi que cet homme possédait un savoir ésotérique immense et maitrisait l’art de la transmutation. Dans son laboratoire alchimique il neutralisait les actes de barbarie des monarques voisins et, grâce à lui les peuples des alentours vivaient en bonne intelligence. Tant et si bien que cette demeure oubliée brillait chaque jour davantage d’un éclat tel qu’elle ressemblait, à un joyau dans un écrin de verdure.

Naissance d’une amitié

Intriguée, Azona élabora un plan pour en contacter l’hôte. Se faisant passer pour une voyageuse égarée, elle frappa à sa porte. Elle eut beau insister, personne ne lui ouvrit. Mais elle était déterminée et lorsque vint le crépuscule s’allongea sur les marches du seuil et s’assoupit.

A l’aube, quand Alric sortit se rafraîchir au ruisseau et bouchonner les licornes, il fut bouleversé par cette jeune fille plongée dans le sommeil. Comme elle était froide et pâle, il la prit dans ses bras et la déposa sur son lit près d’une cheminée où crépitait un feu de bois. Pourquoi ce visage le touchait-il ? Soudain, traversé par une intuition fulgurante il reconnut en elle le bébé qu’il avait abandonnée 16 ans plus tôt.

Quand l’adolescente s’éveilla, son père ne lui toucha mot de leur lien de parenté. Ce n’était pas le moment. Il fallait attendre. Mais, à la grande joie d’Azona, elle fut conviée au château autant qu’elle le voudrait. A compter de ce jour, tous deux furent inséparables.

Alric transmettait son savoir à celle qui était à ses yeux la dernière amazone. Il lui révéla la science des cristaux, l’initia au Grand Œuvre, lui enseigna la communication télépathique avec les licornes et lui offrit la plus belle de son troupeau.

Bien sûr, il lui apprit à bander l’arc mais non plus pour tuer comme il l’avait fait avec ses filles aînées. Non, cette fois, l’unique objectif était d’acquérir une parfaite concentration qui stabilise les émotions et canalise l’agitation mentale.

Il lui confectionna aussi un coussin de brocard garni de duvet de cygne pour se protéger la poitrine lorsqu’elle s’entrainait à lancer des flèches.

Révélation

Un matin, au saut du lit, la jeune fille eut un pressentiment inquiétant : il y avait urgence !

Elle courut dans la prairie où broutaient ses amis les chevaux sauvages, en enfourcha un et partit en direction de la propriété. Quand elle arriva, le prince reposait dans l’herbe près du ruisseau. Il respirait difficilement. Un faible sourire illumina son visage en reconnaissant sa jeune élève qui, lui prenant la main, la serra dans la sienne.

Après un long silence, Alric plongea ses yeux dans ceux de l’adolescente et déclara : « Azona, toi qui fus mon ultime cadeau, mes heures sont comptées et le roman de ma vie est sur le point de s’achever. Né guerrier, je mourrai sage, clairvoyant et devin. Ma tâche touche à sa fin et mon cœur de pierre broyé par les deuils, a fini par se déliter peu à peu devenant souple et malléable comme le sable. L’ascèse de 20 années de solitude a achevé de polir tous mes angles, d’annihiler mes résistances. Mon identité est maintenant dissoute dans celle du Maître. Ma volonté personnelle a cédé pour épouser la sienne. Libre comme le vent, volatile comme l’onde, je ne peux résister à l’appel des espaces infinis auxquels j’aurai accès à condition de laisser là ma dépouille mortelle. Mais avant de partir, je dois te faire part d’un secret: tu es ma fille cadette, la dernière d’une tribu de 9 amazones. N’ayant pas supporté que ta mère succombe en te mettant au monde, je t’ai confiée à une nourrice pour que rien ne me rappelle sa perte douloureuse. Mais la bonne fortune nous a réunis et dès que je t’ai vue, je t’ai reconnue. On n’échappe pas à son destin ! Je m’incline devant toi, toi la chair de ma chair, pour implorer ton pardon et te confier une mission afin de réparer les siècles de malheur perpétré par la tyrannie des amazones dont tu es l’ultime descendante. Ce soir, quand Sirius luira dans le ciel étoilé, je te livrerai un message. Mais avant, je dois me reposer et reprendre des forces. » Ses paupières se fermèrent et il s’endormit.

Mission de la dernière amazone

A minuit, Azona qui veillait son père, vit un rayon de la constellation du Chien descendre sur le domaine. Comme sa voix devenait inaudible, le vieillard invita la jeune femme à se rapprocher de lui : « La chute du règne des amazones signe la naissance d’une ère nouvelle qui s’annonce pleine de promesses. La conjoncture des astres prévoit depuis des siècles l’arrivée de cet âge d’or. »

Le seigneur tendit à Azona une améthyste en forme de fusée et poursuivit : « Toi, ma fille chérie, franchiras les couloirs du temps et visiteras les peuples éclairés du passé et du futur pour qu’ils te révèlent des technologies avancées, des sciences d’avant-garde, et des impulsions artistiques élargissant les consciences. Ainsi, où que tu sois, tu sèmeras les germes du nouveau monde dans le cœur de tes congénères, chercheurs, médecins, poètes ou musiciens. Tout être qui sera en ta présence vivra une transformation. Tu feras voler en éclats les vieux systèmes et installeras à leur place des idées inédites glanées dans les univers parallèles que tu traverseras à la vitesse de la lumière. Architecte du monde futur, tu poseras les fondements d’une société en pleine mutation, initialiseras de nouvelles façons d’agir et susciteras des visions d’abondance. Navigateur galactique, ta licorne sera ton antenne céleste et cette améthyste nommée Guirkou te servira de radar. Tu jetteras des ponts entre les mondes et cette tâche exigera beaucoup de t… »

Un éclair fendit la voie lactée, et le corps du prince se dématérialisa instantanément. Prenant l’aspect d’une comète, il s’éleva à une vitesse vertigineuse en direction de Sirius. Un arc en ciel enveloppa le château qui, lui aussi, s’évanouit comme par enchantement .

Noces dans l’intimité

Pour l’adolescente, l’arrachement d’avec son père fut insupportable. Incapable de bouger, elle resta prostrée dans les ténèbres jusqu’au matin. Et quand les premières caresses du soleil frôlèrent ses cheveux, le gazouillis frais du ruisseau chanta dans ses boucles brunes et lui rendit l’espoir. Elle passa les doigts dans la crinière de sa licorne, l’emmena au bord de l’eau pour qu’elle se désaltère, et rejoignit sa nourrice.

Elle avait été si impressionnée par cette scène qu’elle resta une semaine sans parler. Seule la compagnie des chevaux et de sa licorne l’apaisait, ainsi que celle de Vivien, un ami d’enfance dont elle était amoureuse. Elle demeura cependant très secrète et l’informa simplement qu’elle avait retrouvé son père et qu’il venait de décéder. La vie reprit son cours, et les jeunes gens, très épris l’un de l’autre, décidèrent de se marier.

Les noces furent célébrées dans l’intimité car Azona, bien qu’appréciée des villageois, était considérée comme un être à part. Sa capacité à dompter les étalons les plus rétifs, ses chevauchées folles qui duraient parfois plusieurs jours, sa nature farouche, la rendaient insaisissable. Certains prétendaient l’avoir surprise dans la forêt voisine, galopant à toute allure sur une licorne ailée, tout en bandant un arc . Ces propos troublaient l’opinion publique. Et d’aucuns affirmaient qu’une météorite qui s’était échouée ici bas, l’avait amenée avec elle.

Voyages nocturnes

Au début de leur mariage, Vivien ne remarqua rien de particulier. Mais au fil des jours, quelque chose commença à le préoccuper. Au réveil, lorsqu’il saisissait doucement le visage de sa bien aimée, il était complètement confondu. Parfois les traits de son Azona étaient fripés comme un parchemin, parfois au contraire ils étaient étonnamment juvéniles et enfantins. Cela le déroutait complètement.

En effet, chaque nuit, dès que son mari sombrait dans le sommeil, la jeune femme revêtait sa robe d’amazone, chevauchait sa licorne, et, munie de son Guirkou, traversait les portes du temps pour y recueillir les semences d’une humanité à venir meilleure, et les ramener parmi les hommes. Grâce à son cristal, elle s’adaptait aux multiples univers qu’elle visitait, mais malgré tout son corps gardait des empreintes de ces allées et venues galactiques. Si elle séjournait longtemps sur des planètes futures, elle rajeunissait, si c’était sur des étoiles vielles comme le monde, c’était le contraire.

Un soir, Vivien se réveilla en sursaut et réalisa que sa compagne avait disparu. Mort d’inquiétude, il se dirigea vers l’écurie et entendit un hennissement dans la direction opposée. Il se cacha et vit sa femme échevelée descendre de la licorne, passer affectueusement la main sur son encolure emmêlée, et gagner la maison en toute hâte. Le jeune homme retourna vite se coucher pour suivre discrètement la suite des évènements. Azona détacha l’améthyste qui pendait à son cou, posa son carquois, ôta son habit d’amazone et enferma le tout dans une niche dissimulée dans le mur. Ensuite, elle entra dans le lit comme si de rien était.

Vivien était consterné. Sa tête explosait. Il était partagé entre la colère, le sentiment d’avoir été dupé, trahi, mal aimé. Pourquoi sa compagne l’avait elle tenu éloigné de toute confidence. Etait-il à ce point si peu digne de confiance ? Comment pouvait-elle avoir une vie nocturne sans jamais s’en être ouverte à lui ? Il se pencha vers elle tandis qu’elle dormait déjà, épuisée par son voyage inter stellaire.

Ses cheveux sentaient le vent fou, et ses lèvres vermeilles souriaient. Complètement abandonné, son corps offert dégageait une telle grâce, tant d’innocence aussi qu’il en fut bouleversé. En déplaçant le drap pour la contempler, il remarqua une meurtrissure importante sur son sein droit, ce qui le tourmenta encore plus. Une peine immense l’envahit. Même s’il était révolté par le mutisme de sa femme, il en était si amoureux qu’il se savait prêt à tout lui pardonner.

Lune de miel dans le cosmos

Azona s’éveilla avec le chant du coq. Habituée à communiquer télépathiquement avec sa licorne et son Guirkou, elle lisait aussi dans les pensées. Elle devina donc que Vivien savait tout de ses escapades et, profondément blessé, lui en voulait de son silence. Elle réfléchit. Comment lui expliquer son embarras, lui prouver la force de son amour ?

Se tournant vers lui, elle lui effleura les paupières. Bien sûr qu’il ne dormait pas ! Il était bien trop triste pour cela. Elle se blottit contre lui et lui chuchota timidement: « Et si tu m’accompagnais ? Si nous transitions ensemble dans l’espace-temps ? Quand je t’ai rencontré, j’ai su que tu étais mon alter ego, le frère jumeau que je cherche depuis la nuit des temps. Mais il fallait que tu choisisses consciemment d’unir ton destin au mien pour que nous puissions œuvrer ensemble. »

Les yeux de Vivien pétillaient de bonheur.

Ce jour là fut le plus beau que vécurent les jeunes gens.

Ils prêtèrent serment de ne jamais révéler les codes secrets donnant accès aux mondes parallèles et se préparèrent à faire leur premier voyage galactique…en amoureux, inaugurant ainsi un concept inédit: la lune de miel dans le cosmos!

 

Fin

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2 Comments. Leave new

VirginieB
2015-06-24 16:54

Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo ! Virginie Brossard LETUDIANT.FR

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Titeblogueuse
2016-05-29 20:26

Bonjour, toujours agréable de te lire! Super article comme toujours!! D’une grande aide!

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