Rosine et le rossignol

mai 29, 2013

rossign

Kikou

Il était une fois une petite fille nommée Rosine qui vivait sur la cime d’un arbre, dans une maison de feuillage. Elle s’y plaisait beaucoup.

Le jour, elle jouait au toboggan sur les rayons de soleil.

La nuit, elle dormait au milieu des étoiles.

Très gaie elle chantait du matin au soir et communiquait avec les oiseaux des alentours.

Son préféré était Kikou, un rossignol dont les drilles mélodieuses enchantaient tous les habitants de la forêt.

Enfin tous, sauf un méchant nain qui, excédé, lui trancha la langue et les ailes et le jeta dans un nid abandonné au milieu d’un buisson.

Par chance c’était celui d’un couple de rossignols qui s’apprêtait à migrer vers les pays chauds à l’approche de l’hiver. Quand ils découvrirent la pauvre bête muette et amputée, ils eurent envie d’en prendre soin et de l’emmener avec eux pour la protéger des rigueurs de la saison froide.

Ils lui confectionnèrent une nacelle avec des brindilles soigneusement tressées et l’enveloppèrent dans un linceul de duvet extra doux. Certains qu’emmitouflé ainsi il n’aurait ni rhume ni bronchite, ils s’envolèrent à l’aube d’un matin de décembre pour un long voyage. Il était convenu qu’ils porteraient à tour de rôle leur compagnon suspendu à leur cou.

Mais nous verrons que le destin n’en avait pas décidé ainsi.

Chute libre…

Rosine remarqua très vite la disparition de son ami et soupçonna le vilain nain d’en être la cause. En effet, depuis quelque temps il ne se montrait plus comme s’il fuyait tout le monde.

La fillette descendit du chêne, colla son oreille contre le tronc ferma les yeux et entendit ces paroles couler en elle : « Glori, gloria, magie par ci, magie par là. »

Elle savait que l’arbre était sage et la guidait très bien quand elle avait des décisions à prendre.

Elle répéta machinalement les mots qu’elle venait d’entendre et au même instant la nacelle de Kikou se détacha en plein vol du cou du rossignol migrateur, pour atterrir à ses pieds.

Quel bonheur d’y retrouver son cher ami, mais quel chagrin de constater ce qu’il en restait !

Tandis qu’elle pleurait, une larme tomba dans le bec de l’oiseau qui recouvra aussitôt la voix et lui dit : « A l’autre bout du bois, se trouve un jardin magnifique peuplé de fées et de magiciennes. Nombreux sont ceux qui le traversent sans même réaliser que c’est un royaume enchanté. Si tu m’emmènes là-bas, tu verras : mes ailes repousseront. »

En route au pays des fées

Rosine prépara leur départ. Elle remplit son tablier de baies sauvages, emporta une coquille d’escargot pleine de miel et deux fioles d’eau de source.

Puis, fixant la nacelle hébergeant Kikou à son poignet, elle prit la route en chantant. Reconnaissant, l’oiseau se posa sur le rebord de son couffin et l’accompagna de ses drilles.

En fin d’après-midi le ciel se couvrit et l’orage éclata. Les éclairs striaient le ciel et les amis se réfugièrent dans une grotte.

Malheureusement, un loup surgit du fond de l’antre avec des yeux terriblement féroces.

Il s’arrêta devant Rosine et la menaça de ses crocs. Après un silence qui lui semble interminable la fillette se souvint et chantonna : « Glori, gloria, magie par ci, magie par là.»

S’approchant de l’animal elle lui tendit sa paume enduite de miel. Ce geste produisit un effet surprenant sur la bête qui se coucha et posa sa gueule sur les pieds de la fillette en signe de soumission.

Le lendemain, à cheval sur sa nouvelle monture et Kikou au poignet, Rosine emprunta un sentier tapissé de fraises et de fleurs odorantes. C’est alors qu’une falaise sortit du sol et leur barra la route. Impossible de l’escalader ou de la contourner car elle était entourée d’un précipice.

Le trio s’installa sous un arbre et tint conseil. Le loup pensait qu’il fallait abandonner et rebrousser chemin.  Kikou refusait de renoncer.  Quant à Rosine, elle était confiante, certaine qu’une solution se présenterait au moment opportun.

Ils profitèrent de cet arrêt forcé pour se reposer du périple qui les avait épuisés. C’était une après midi froide mais ensoleillée, et pour tromper l’ennui, la fillette et le rossignol se mirent à fredonner la formule oubliée : « Glori, gloria, magie par ci, magie par là.»

Aussitôt, la falaise disparut, remplacée par un désert brûlant. Rosine sortit une fiole versa quelques gouttes d’eau sur le bec de Kikou et sauta sur le dos du loup après lui avoir mouillé la truffe.

Bientôt, la faim commença à les torturer.  Kikou ne tenait plus sur ses jambes et respirait à peine au creux de son habitacle. Le loup maigrissait à vue d’œil et ne voulait plus avancer.  La fillette était sur le point de s’évanouir, quand, de sa bouche s’échappa la formule du chêne : « Glori, gloria, magie par ci, magie par là.»

Levée du sortilège

Au même instant, du sable jaillit un magnifique verger où voletaient des fées multicolores.

L’une d’elles toucha Kikou de sa baguette. Ses ailes repoussèrent et grandirent, grandirent, devenant des bras prolongés par de mains… C’est ainsi que l’oiseau se métamorphosa en un beau jeune homme.

“Sache, dit il à Rosine, qu’avant d’être rossignol j’étais un prince égoïste et cruel. Le nain qui m’a coupé les ailes et la langue est en réalité le sage qui m’aidait à gouverner. Pour me punir de délaisser mon peuple il me lança un sortilège et m’emprisonna dans le corps d’un oiseau. Maintenant, grâce à toi, mon cœur est guéri de la méchanceté. J’ai enfin retrouvé mon apparence humaine. Par amour pour moi, tu as vaincu la peur, le découragement, la faim et la soif. Je veux à mon tour te combler de tendresse et partager avec toi mon destin et mes richesses. Acceptes-tu de m’épouser et de devenir ma princesse ? »

A peine eut-elle le temps de répondre, que Rosine vit le loup se transformer en cheval ailé.

Le jeune homme s’installa sur sa croupe, attira sa bien-aimée contre lui et nos amis disparurent sous l’arche d’un arc en ciel. On prétend qu’ils vécurent des aventures mémorables dans des mondes peuplés d’êtres aux pouvoirs étonnants.

Il serait encore bien long de vous raconter les péripéties extraordinaires qu’il leur est arrivé et les univers merveilleux qu’ils ont traversés. Mais je compte sur votre imagination pour vous concocter un scénario on ne peut plus passionnant.

 

FIN

 


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